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Le RSA est-il, selon vous, vraiment efficace pour ramener vers l’emploi des bénéficiaires de minima sociaux ?
Les expérimentations conduites avant le vote de la loi, c’est-à-dire avant le déclenchement de la crise actuelle, n’ont pas produit d’effets significatifs sur le retour à l’emploi. Il est clair que le RSA n’est pas la recette miracle. Pour autant, il n’y a pas de raison d’être a priori opposé à toute politique d’activation des dépenses sociales.
Deux approches étaient possibles. L’une, retenue notamment par les pays scandinaves, met l’accent sur l’accompagnement des personnes pour qu’elles suivent des formations qualifiantes vers un emploi de qualité. Dans ce système, on cherche en permanence à placer les bénéficiaires dans la meilleure situation possible.
L’autre option, d’essence plus libérale, consiste à instaurer des mécanismes d’incitation financière pour que les bénéficiaires entrent dans n’importe quel type d’emploi. Ainsi, des postes à temps très partiel et à durée déterminée, qui ont, dans l’absolu, peu d’attrait, deviennent désirables. Le risque majeur est une institutionnalisation encore plus grande de ces formes d’emploi.
Le complément de ressources apporté aux travailleurs à bas salaire peut-il les soustraire de la pauvreté ?
Le dispositif agit comme un impôt négatif qui leur permettra de se situer un peu au-dessus du seuil de pauvreté. Mais nombre d’entre eux vont rester ancrés dans la précarité et le sous-emploi. L’action sociale doit-elle se contenter de cela ? Ou doit-elle aider les personnes à s’installer dans un emploi sans avoir à dépendre de mécanismes d’assistance ?
Les allocataires de minima sociaux sans activité devront effectuer des démarches pour revenir sur le marché du travail ou améliorer leur insertion sociale. Qu’en pensez-vous ?
Ce type d’injonction à la responsabilité et à l’autonomie existait déjà dans le cadre du RMI. Les exigences à l’égard des allocataires du RSA seront en effet renforcées. Mais encore faut-il que les opportunités d’emploi existent, et que les moyens humains soient à la hauteur.
Une étude récente a montré que les travailleurs sociaux d’une circonscription d’action sociale en France suivaient trois fois plus de personnes que leurs collègues d’un canton proche de Genève. Dans ce contexte, je crains des inégalités de traitement entre ceux qui peuvent être accompagnés vers l’emploi et les autres.
Propos recueillis par B. Bi.
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